Composter, c'est probablement le geste qui a le plus changé ma façon de jardiner. Au début, mon tas était un vrai fouillis, ça sentait parfois mauvais, et je me demandais bien à quoi tout ça allait servir. Avec un peu d'expérience — et quelques erreurs — j'ai fini par comprendre les deux ou trois règles qui font toute la différence entre un compost qui traîne pendant des mois sans rien donner et un vrai "or brun" prêt à nourrir le potager.
L'équilibre entre le brun et le vert
Tout part de là : la vitesse de décomposition et la qualité de votre compost dépendent surtout de l'équilibre entre deux types de matières.
🍂 Le "brun" (carboné)
- Feuilles mortes sèches
- Carton déchiqueté non imprimé
- Paille et foin sec
- Copeaux de bois (BRF)
- Tiges de maïs, tournesol
- Papier journal non couché
🥗 Le "vert" (azoté)
- Épluchures de légumes et fruits
- Tontes de gazon fraîches
- Marc de café, sachets de thé
- Restes de fruits et légumes
- Déchets verts du jardin
- Coquilles d'œuf (broyées)
En pratique, on vise environ 2 à 3 volumes de brun pour 1 volume de vert. Un repère simple : pour chaque seau d'épluchures, ajoutez deux seaux de feuilles mortes ou de paille. Trop de vert, et le tas devient humide, malodorant et lent à se décomposer. Trop de brun, et rien ne se passe — le tas reste sec, comme figé.
Quel composteur pour quel jardin ?
Ça dépend surtout de l'espace dont vous disposez et de la quantité de déchets que vous produisez :
- Le bac en bois à lattes convient bien aux jardins de 200 m² et plus. Il aère naturellement le compost et se retourne facilement — deux bacs côte à côte permettent d'alterner.
- Le composteur en plastique recyclé est plus compact, moins joli peut-être, mais son couvercle tient les nuisibles à distance. Parfait pour un petit jardin.
- Le tas à même le sol reste la méthode la plus simple et la moins chère : des couches successives sur environ 1 m², sans structure autour. Moins rapide, mais très efficace si l'équilibre est respecté.
- Le lombricomposteur convient bien aux appartements et petits balcons — les vers décomposent rapidement les déchets de cuisine et produisent un lombricompost de très bonne qualité.
💡 Où le placer : à mi-ombre, posé directement sur la terre — jamais sur du béton. Le contact avec le sol laisse les vers de terre et les micro-organismes coloniser le tas depuis le dessous, ce qui accélère tout le processus.
N'oubliez pas d'aérer
C'est probablement le point le plus souvent négligé, et pourtant l'un des plus importants. Les micro-organismes qui font le vrai travail de décomposition ont besoin d'oxygène. Un tas tassé se décompose beaucoup plus lentement et peut se mettre à sentir mauvais.
Retournez le compost toutes les 2-3 semaines avec une fourche-bêche. L'idée, c'est de faire remonter la matière du centre vers l'extérieur et inversement, en cassant au passage les blocs qui auraient pu se former.
Un compost qui marche bien monte en température les premières semaines (50 à 70°C au cœur du tas) et dégage une odeur de sous-bois après la pluie — jamais une odeur de pourriture. Si ça sent mauvais, c'est souvent le signe qu'il manque d'air ou de matière brune.
Ni trop sec, ni détrempé
Le compost doit rester humide comme une éponge bien essorée. Pour vérifier, prenez une poignée et pressez-la dans votre main :
- Quelques gouttes perlent : c'est parfait, continuez comme ça.
- Rien ne sort, la matière s'effrite : trop sec, arrosez un peu et mélangez.
- L'eau coule à flots : trop humide, ajoutez du brun (paille, feuilles) et retournez le tas.
En été, un couvercle limite l'évaporation. En hiver, la décomposition ralentit naturellement — c'est normal, pas la peine de s'inquiéter.
Ce qu'on ne met surtout pas dans le compost
⚠️ À bannir du compost : viandes et poissons (odeurs, nuisibles), produits laitiers, huiles et graisses cuites, excréments d'animaux carnivores (chat, chien), plantes malades ou traitées aux pesticides, déchets de bois traités, noyaux durs de fruits (décomposition très lente), agrumes en grande quantité (acidifient le compost).
Reconnaître un compost mûr et bien s'en servir
Comptez 4 à 6 mois en été pour obtenir un compost utilisable, plutôt 8 à 12 mois en hiver où tout ralentit. Vous saurez qu'il est prêt quand :
- Sa couleur est brun foncé et homogène.
- La texture est friable, sans gros morceaux reconnaissables.
- L'odeur rappelle la forêt humide, pas la putréfaction.
- Il est redescendu à température ambiante.
Comptez 3 à 5 kg par m² de potager, à enfouir superficiellement à la grelinette ou au croc, à l'automne ou au printemps. Pour vos semis et godets, un mélange d'1/3 de compost tamisé pour 2/3 de terreau fonctionne très bien.
Les erreurs qui ralentissent le plus un compost
La plus fréquente, et de loin : jeter uniquement des épluchures sans jamais ajouter de matière brune. Le tas devient une bouillie compacte, sans air, qui pue et qui n'avance pas. Gardez toujours un stock de feuilles mortes ou de carton déchiqueté à côté du composteur pour équilibrer chaque apport de déchets verts.
Deuxième erreur : hacher trop gros. Des épluchures entières, des branches non broyées, mettent bien plus de temps à se décomposer. Un simple coup de sécateur ou un broyat grossier accélère nettement le processus — les micro-organismes ont davantage de surface à coloniser.
Questions fréquentes sur le compost
Mon compost attire des mouches, est-ce normal ?
Quelques mouches sont normales, surtout en été. Si ça devient envahissant, c'est souvent le signe d'un excès de matière verte en surface — recouvrez toujours vos derniers apports d'une fine couche de matière brune (feuilles, carton) pour limiter les odeurs et les insectes.
Peut-on composter en hiver ?
Oui, mais la décomposition ralentit fortement avec le froid, c'est tout à fait normal. Continuez à apporter vos déchets, le tas reprendra de la vigueur au printemps.
Faut-il un composteur fermé ou un tas ouvert ?
Les deux fonctionnent. Le composteur fermé retient mieux la chaleur et l'humidité, et décourage les nuisibles ; le tas ouvert est plus simple à retourner et coûte zéro euro. Le choix dépend surtout de votre jardin et de vos préférences.
Planifier vos apports avec JardiTrack
JardiTrack vous rappelle quand amender chaque bac de votre potager selon ce que vous y cultivez. Plus besoin de se souvenir de tout de tête.